Ibuprofène ou aspirine avant une course : bonne ou mauvaise idée ?
Un réflexe très répandu chez les coureurs, mais que la science déconseille clairement. Risques digestifs, hémorragiques et rénaux : ce que révèlent les études sur les anti-inflammatoires en course d'endurance.
Ibuprofène ou aspirine avant une course : bonne ou mauvaise idée ?
Mauvaise idée : les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) n’améliorent pas la performance et augmentent significativement le risque de troubles digestifs, d’hémorragie et d’atteinte rénale en course d’endurance. Pourtant, la prise d’ibuprofène ou d’aspirine avant ou pendant une épreuve reste une pratique très répandue chez les coureurs de fond et les traileurs. Voici ce que montrent les études.
Aucun bénéfice de performance démontré
Contrairement à une croyance répandue, les AINS n’améliorent pas la performance maximale à l’exercice. Ils peuvent légèrement réduire la douleur perçue dans certaines conditions, mais cet effet ne se traduit pas par un gain de performance objectif — le rapport bénéfice/risque est donc d’emblée défavorable.
Un risque digestif amplifié par l’effort
Une étude de référence menée lors du marathon de Chicago [1] a montré que 75% des coureurs avaient pris de l’aspirine ou de l’ibuprofène avant ou pendant la course. Résultat marquant : contrairement à l’aspirine, l’ibuprofène augmente significativement la perméabilité intestinale (mesurée par le ratio lactulose/rhamnose), avec une association claire aux symptômes gastro-intestinaux.
Ce risque est amplifié par des mécanismes propres à l’effort prolongé : la déshydratation concentre le médicament dans l’estomac, le flux sanguin est détourné du tube digestif vers les muscles actifs (réduisant la capacité de la muqueuse à se protéger), et les chocs mécaniques répétés de la course aggravent l’irritation. Une étude sur le marathon de Bonn [2] confirme l’ampleur du phénomène : 43,9% des finishers rapportent que les symptômes gastro-intestinaux ont affecté leur performance.
Hémorragie digestive : un risque documenté et hiérarchisé par molécule
Une méta-analyse récente (2025, 25 études) [3] a quantifié le risque hémorragique par molécule plutôt que par classe entière d’AINS. Le célécoxib présente le risque le plus faible (OR 1,16), l’ibuprofène — le plus utilisé par les coureurs — un risque significatif mais modéré (OR 2,28), tandis que des molécules comme le kétorolac affichent un risque extrême (OR 20,67).
Une revue systématique sur les marathoniens [4] rapporte par ailleurs que 8 à 23% d’entre eux présentent une perte de sang fécale occulte après course, pouvant contribuer à une véritable “anémie du coureur” en cas d’usage répété.
Au-delà du système digestif : reins et endotoxémie
La prise d’AINS pendant l’effort a également été associée à un risque accru d’atteinte rénale aiguë et, en ultra-marathon, à une endotoxémie documentée [5] — un phénomène lié à l’altération de la barrière intestinale qui laisse passer des toxines bactériennes dans la circulation. Une étude sur le Marathon de Boston utilisant un biomarqueur spécifique de lésion intestinale (I-FABP) [6] confirme qu’une véritable lésion transitoire de la paroi digestive survient après un effort prolongé, corrélée aux symptômes perçus.
Fait alarmant : une étude rapporte que 93% des marathoniens n’étaient pas informés de ces risques associés à la prise d’AINS en course [5] — un déficit d’information manifeste dans la communauté des coureurs.
FAQ : vos questions sur les AINS et la course à pied
Puis-je prendre de l’ibuprofène avant un trail pour prévenir la douleur ? Non, ce réflexe n’apporte aucun bénéfice de performance démontré et augmente le risque de troubles digestifs et d’hémorragie pendant l’effort.
L’aspirine est-elle plus sûre que l’ibuprofène en course ? Les données suggèrent que l’aspirine augmente moins la perméabilité intestinale que l’ibuprofène, mais aucun AINS n’est recommandé pendant un effort prolongé.
Que faire en cas de douleur pendant une course plutôt que prendre un AINS ? Privilégier le repos, la glace, et un avis médical en cas de douleur persistante, plutôt que l’automédication par anti-inflammatoire.
Ce qu’il faut retenir
Les AINS n’apportent aucun bénéfice de performance démontré et augmentent significativement le risque de troubles digestifs, d’hémorragie et d’atteinte rénale en course d’endurance — un risque encore accru en ultra-trail du fait de la durée d’exposition. La meilleure stratégie reste d’éviter leur prise avant et pendant l’effort.
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Sources
1. Intestinal permeability in runners, étude sur le marathon de Chicago, 1996.
2. Étude sur le marathon de Bonn (2010, n=3913) — prévalence et impact des symptômes gastro-intestinaux sur la performance.
3. Nonsteroidal Anti-Inflammatory Drugs and Risk of Gastrointestinal Bleeding, méta-analyse 2025, PMC12746519 (25 études).
4. Gastrointestinal bleeding in long-distance runners: a systematic review, ResearchGate, 2025.
5. Oral NSAID use in recreational endurance athletes, revue, International Journal of Pharmacy Practice, Wiley.
6. Gastrointestinal cell injury and perceived symptoms after running the Boston Marathon, PMC10615131.
